"Adieu sans fin" - Wolfgang Hermann

"... la vie est un liquide. Il nous faut la tenir prudemment en équilibre, car sinon nous la renversons, elle se perd dans les sables et disparaît".

Ecrire sur la perte d'un être cher, a fortiori celle d'un enfant, est une démarche risquée... c'est avec beaucoup de talent et de sensibilité que Wolfgang Hermann s'y est attelé.

Atteint d'une simple grippe, le fils du narrateur -Fabius, dix-sept ans-, décède brusquement. Il venait d'emménager chez son père, ses deux parents étant séparés depuis sa petite enfance. 

C'est tout le processus du travail de deuil que dépeint Wolfgang Hermann. 

D'abord, le vide. La vie devenue en l'espace d'un instant dépourvue de sens, et l'impression de ne plus faire partie d'un monde que l'on habitait jusque-là avec une évidence naturelle. 

Ensuite, la survenance d'une douleur insondable qui s'exprime par un assombrissement général de l'environnement, comme si la lumière et le temps eux-mêmes étaient morts. Le corps qui lâche, en écho au brouillard qui anesthésie toute énergie vitale.

Puis l'amorce progressive d'une sorte de cicatrisation. La souffrance, devenant plus palpable, plus dicible, peut être affrontée. L'égrènement du temps, exprimé par le passage des saisons qui mine de rien pénètre l'inconscient de ses manifestations (l'arrivée de la première neige, la floraison du printemps), réinsère dans l'existence. Le soutien des autres -l'ex-femme avec qui l'on renoue, alors que l'on se tient tous deux "au bord de la fosse", la petite amie du fils dont on se rapproche-, les souvenirs évoqués ensemble apaisent en faisant surgir par-dessus le drame les bonheurs définitivement acquis.

Émerge alors, au bout du tunnel d'images angoissantes où l'on se sentait enfermé, non pas le salut ou une franche délivrance, mais un faible rai de lumière auquel on se raccroche instinctivement, vers lequel on avance, comme poussé par un flux imperceptible mais puissant : c'est la vie qui attend.

Quel beau roman que cet "Adieu sans fin". Loin de tout auto apitoiement, de toute ostentation dans la détresse, Wolfgang Hermann suscite pourtant à la fois plaisir et empathie, grâce à une osmose réussie entre élégance et sincérité. 

L'écriture est travaillée, sans que transparaisse l'effort qu'a dû nécessiter le souci de justesse a priori primordial pour l'auteur. Comme si écrire la douleur, en un réflexe de survie peut-être inconscient, était un moyen de la dépasser, l'effort réclamé par le style et la structure permettant la prise de distance.

Le résultat, c'est un texte à la fois simple et beau, poétique et bouleversant.

Une (excellente) idée piochée chez Lewerentz.

Commentaires

  1. Sujet à haut risque en effet qui risque toujours de sombrer dans le pathos. Tiens, je viens de commencer La porte que j'avais acheté par hasard, j'apprécie... (mon commentaire sur ce livre était apparu sous mon nom Carole Francastel...)

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    1. Je n'avais pas fait le rapprochement !! J'espère que La porte te plaira jusqu'à la fin, mais je n'ai pas trop de doutes, c'est un récit qui gagne en ampleur au fil de la lecture.
      Quant à ce titre, moi qui ai tendance à fuir ces thématiques "casse-gueule", j'ai été très agréablement surprise. Au-delà du thème, c'est l'écriture qui ici fait tout l'intérêt du roman. Tout y est juste, entre poésie et émotion.

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  2. Quel beau billet ! Je suis contente qu'il t'ai plu :-)

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    1. Merci pour le conseil, qui m'a permis de découvrir ce très beau titre, vers lequel je ne serais sans doute pas allée spontanément...

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