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"La venue d'Isaïe" - László Krasznahorkai

Je vous ai déjà dit tout le bien que je pense du roman "Guerre et guerre" de l'écrivain hongrois László Krasznahorkai. Ce que je vous avais caché jusqu'à présent, c'est qu'à la fin de ce récit, l'auteur invite le "lecteur solitaire, fatigué et sensible" à prolonger son plaisir en découvrant, en complément, "La venue d'Isaïe"...
Après une première recherche infructueuse en librairie, j'ai laissé cette recommandation se nicher dans un recoin de mon esprit, jusqu'à ce que la lecture récente d'un autre titre de l'auteur suscite une furieuse envie de renouer avec l'intense émotion qu'avait provoquée en moi celle de "Guerre et guerre".
J'ai donc fait l'acquisition de ce très court texte, qui se présente comme une lettre dans son enveloppe qu'aurait postée László Krasznahorkai à un destinataire non identifié... 

On y retrouve Korim, le héros de "Guerre et guerre", dans un bar miteux…

"La petite barbare" - Astrid Manfredi

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"Moi je ne viens de nulle part, ou alors du pays des filles à cheveux longs, bruns et lisses, des filles qui ne dialoguent qu'avec elles-mêmes parce qu'on ne peut compter que sur soi."
"La petite barbare" est la transcription du journal que la narratrice, jeune d'une vingtaine d'années, rédige au cours des jours qui la séparent de sa sortie de prison.
Elle y revient sur son enfance et sur les événements qui ont abouti à sa détention. Fille d'une cité de la banlieue parisienne, elle a grandi entre un père chômeur, vindicatif mais fainéant -dont elle méprise l'attitude d'éternelle victime-, et une mère dont l'éclat s'est progressivement dilué dans la désillusion et une infinie lassitude.
Elle a compris très tôt, en constatant l'effet de sa beauté sur les hommes, qu'elle pouvait en obtenir ce qu'elle voulait... peu farouche et déterminée, convaincue que tout s'achète, elle a ainsi précocement usé de ses charmes pour …

"Manuel d'exil" - Velibor Čolić

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"Dans ma chambre il fait tellement froid que je prends ma douche en gardant mes chaussettes".
A partir de son expérience de réfugié, lorsqu'au début des années 90 il fuit la Yougoslavie en guerre, Velibor Čolić réalise un tour de force en nous livrant un récit à la fois tragique et très drôle. 
"Manuel d'exil" couvre sept années d'errance, à travers la France (de Rennes à Strasbourg en passant par Paris) où il arrive en ayant "pour tout bagage trois mots de français – Jean, Paul et Sartre", mais aussi à travers l'Europe, au cours desquelles l'auteur passe du statut de miséreux indésirable à celui d'écrivain pour lequel on éprouve un intérêt épisodique, parce qu'il est de bon ton de l'exhiber dans les salons comme témoin des derniers remous de l'histoire européenne.
Le récit est constitué d'épisodes représentatifs de cette expérience, par lesquels Velibor Čolić livre, davantage que des faits, ses sensations, ses réfl…

"Les Etoiles s'éteignent à l'aube" - Richard Wagamese

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"J'ai été élevé à dire les choses et à les demander sans détours. Comme ça on gagne du temps et on se pose moins de questions".
J'ai terminé ce roman il y maintenant presque trois semaines, et je garde pourtant encore à son souvenir une émotion prégnante, faite d'un curieux mélange de sérénité et de mélancolie...
Franklin est un adolescent que sa différence a rendu solitaire : ses origines indiennes l'ont exclu des groupes de garçons qu'il fréquentait à l'école, et il ne s'est jamais fait d'amis. Mais ce n'est pas une solitude qui lui pèse. Élevé par un vieux fermier qui lui a appris à s'intégrer comme élément à part entière dans un environnement naturel auquel il est devenu parfaitement adapté, il aime l'indépendance, les longues chevauchées à travers les plaines et les forêts. Il sait se nourrir des plantes, des champignons, des animaux qui peuplent ces territoires. Il en respecte, ainsi que le lui a appris son tuteur, chaque être…

"De beaux lendemains" - Russell Banks

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Tout est dit.

C'est l'histoire d'un combat entre la raison de la colère et celle de la résilience. Un combat qui ne dit pas son nom, qui se joue dans la portée des non-dits, qui mûrit dans le cheminement des raisonnements intimes.
Le parti de la colère est porté par Mitchell Stephens, avocat qui au lendemain d'un accident de bus scolaire ayant causé la mort de plusieurs enfants, tente de convaincre les familles des victimes d'engager une procédure à l'encontre de l'état. Ce combat, qu'il mène comme tant d'autres avec la conviction de sa juste nécessité, est en réalité pour lui un moyen inconscient de nourrir l'insatiable rage qui le ronge, envers la vie, envers lui-même qui n'a pas su sauver son propre enfant, devenu une jeune femme perdue, toxicomane, qui l'appelle de temps en temps depuis des squats sordides pour lui réclamer de quoi acheter ses doses.
Il n'a pas trop de mal à convaincre certains parents de le suivre, pas vraiment p…

"Les gens dans l'enveloppe" - Isabelle Monnin

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"Les romans sont des abris où retrouver les disparus. Ecrire, c'est construire leur refuge, assembler des branchages, bâtir des murs, préparer les lits, penser à la liste des courses et aux chansons que l'on chantera après le repas. C'est les attendre après le chemin, la nuit est tombée déjà, ils sont en retard".
J'étais vraiment sceptique. Bon, d'accord, l'idée de départ -imaginer, à partir des photographies d'une famille d'anonymes inconnus, le destin de ses membres -, semblait originale, et plutôt sympathique, mais ne représentait pas un gage de qualité... Et puis quitte à lire de la fiction, je ne comprenais pas vraiment l'intérêt de savoir d'où l'auteure avait tiré son l'inspiration... 
Voilà les doutes et les interrogations avec lesquels j'ai entamé la lecture des "Gens dans l'enveloppe", qui expliquent sans doute le léger agacement éprouvée en début de lecture face à la banalité de l'histoire. Puis,…

"La grande vie" - Jean-Pierre Martinet

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"L'humanité, c'est fumier et compagnie".
J'ai souvent du mal à convaincre mes amis lecteurs et lectrices de se lancer dans cette colossale aventure que constitue la découverte de "Jérôme", roman de Jean-Pierre Martinet, écrivain si injustement méconnu -j'en pleurerais presque-, auquel sa courte et chaotique existence n'aura par ailleurs pas laissé le temps d'être prolifique. 
Aussi suis-je ravie de vous présenter aujourd'hui ce texte dont le format, celui d'une nouvelle, permet une incursion facile dans l'oeuvre de cet auteur que laisser plus longtemps sur les rayons de votre librairie ou de votre médiathèque de quartier serait un grand tort, voire un crime de lèse-littérature.
Il y met en scène, comme il en a l'habitude, de ces êtres que leur laide banalité rend invisibles, dont l'existence, vide de beauté, de compassion, vide même de désespoir, se dilue dans un morne néant de médiocrité intensément vaine. "Il n'…