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"Daddy Love" - Joyce Carol Oates

Sans fioritures...
Robbie Whitcomb, cinq ans, est enlevé sur le parking d'un centre commercial d'Ypsilanti, Michigan. Dans une tentative désespérée pour arrêter la camionnette dans laquelle le ravisseur a embarqué son fils, Dinah, sa mère, se blesse très gravement, et en gardera de lourdes séquelles.
L'homme qui a kidnappé Robbie n'en est pas à son coup d'essai : plusieurs garçons ont déjà été ses victimes, dont il s'est ensuite débarrassé lorsque l'adolescence a sonné le glas de ces charmes enfantins qui l'attirent tant.
Cet individu abrite plusieurs personnages, et arbore selon ses interlocuteurs un visage différent. A l'origine Chester Czeki, il s'est rebaptisé Chet Cash, et c'est sous ce patronyme qu'il officie en tant que prédicateur itinérant pour l'Eglise de l'espoir Éternel, très apprécié pour sa ferveur et sa bienveillance. Aux yeux de ceux qui le fréquentent comme voisins ou membres de la même communauté, c'est un ho…

"Le dernier baiser" - James Crumley

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Drôle de tristesse...
Dès les premières pages, vous y êtes... ambiance hard-boiled, sur les traces d'un détective privé amateur de bière et de whisky... bars sombres et quidams à la mine patibulaire... dialogues acérés, humour vache et bonne dose d'auto dérision... impression d'entendre la voix du narrateur -le détective- en off d'un film noir des années 70...
La dernière cliente en date de C. W. Sughrue est Catherine Trahearne, ex épouse d'Abraham Trahearne, écrivain et poète de renom. Il est chargé de retrouver ce dernier, embarqué dans une de ces longues tournées éthyliques et solitaires dont il a l'habitude, avant que l'ingestion abusive d'alcool ne lui soit fatale. Il finit par rattraper sa proie dans un bar de la banlieue de San Francisco, occupée à chuchoter des poèmes à l'oreille d'un bulldog alcoolique.
Mais sitôt sa quête achevée, il en entame une nouvelle, qui s’avérera bien plus mouvementée et périlleuse : Rosy, la patronne du bar au …

"Les lois de la frontière" - Javier Cercas

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Brigand héroïque ou simple voyou ?

Comme dans "Les soldats de Salamine", Javier Cercas utilise comme matériau, pour nourrir l'intrigue des "Lois de la frontière", les éléments collectés par un auteur en vue de l'écriture d'un ouvrage. Et comme dans "Les soldats de Salamine", il y explore la fragilité de la limite séparant la fiction de la réalité. Ce titre est ainsi la transcription de ses entretiens avec quelques-uns de ceux qui ont connu celui qui sera au centre de son ouvrage : Zarco, grande figure du banditisme catalan des années 70. 
L'essentiel de ces entretiens se déroule avec Ignacio Cañas, avocat qui, dans une ancienne vie à laquelle rien ne le prédisposait et qu'il a toujours dissimulée à son entourage, fit partie de la bande de Zarco, au sein de laquelle il était surnommé Le Binoclard.
Lycéen sans histoires issu d'une classe moyenne aussi discrète que laborieuse, Ignacio fit la connaissance de Zarco dans la salle de jeux…

"L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage" - Haruki Murakami

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"Ce n'est pas seulement l'harmonie qui relie le coeur des hommes. Ce qui les lie bien plus profondément, c'est ce qui se transmet d'une blessure à une autre. D'une souffrance à une autre. D'une fragilité à une autre. C'est ainsi que les hommes se rejoignent. Il n'y a pas de quiétude sans cris de douleur, pas de pardon sans que du sang ne soir versé, pas d'acceptation qui n'ait connu de perte brûlante."

C'est toujours avec plaisir que je lis Haruki Murakami. Il fait partie de ces écrivains que je retrouve de temps en temps, comme une vieille connaissance dont la fréquentation, même sporadique, suscite immédiatement un sentiment de familiarité et d'apaisement.
A la lecture de ses romans, j'ai souvent tendance, de manière inconsciente, à imaginer ses principaux personnages masculins sous les traits de l'auteur, sans doute parce que la physionomie d'Haruki Murakami exprime une sorte de tranquillité, d'intelligence e…

"Le salut viendra de la mer" - Christos Ikonòmou

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"Ce qui te détruit, ce n'est pas d'être devenu pauvre. Ce qui te détruit, c'est de se souvenir qu'un jour tu n'étais pas pauvre".
C'est l'histoire d'une chute.

Celle d'hommes, de femmes, plombés par la crise financière et l'incertitude quant à leur avenir, qui ont voulu rebondir, se construire une nouvelle vie. Ils ont pour cela quitté leurs villes -Athènes ou d'autres- pour une île égéenne, sur laquelle ils espéraient renouer avec les valeurs mises à mal par le système capitaliste : la solidarité et l'entraide, le goût de bonheurs simples... Une île fictive mais peu importe, ce pourrait être Ios, Koufonissia, Schinoussa, une de ces perles égrenées parmi les paradis pour touristes des Cyclades.
Pour nos héros, ce paradis devient vite l'enfer...

Aux difficultés inhérentes à l'adaptation à un nouvel environnement, s'ajoutent l'hostilité et le rejet qu'opposent les autochtones à ces arrivants qu'ils appelle…

"Le requiem de Terezin" - Josef Bor

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L'art contre la barbarie.
En 1941, la ville de Terezin est évacuée de ses habitants par les nazis, qui en font un camp de transit -considéré comme l'antichambre d'Auschwitz- pour les Juifs tchèques et un ghetto pour les Juifs allemands et autrichiens âgés ou célèbres. La plupart des membres de l'union culturelle juive s'y retrouvent ainsi déportés. Terezin est une vitrine pour la propagande nazie, la preuve qu'il a été accordé aux juifs la possibilité de cultiver leur propre patrimoine culturel. Pourvu d'une bibliothèque, et de divers lieux réhabilités en salles de concerts ou en théâtre, le site n'en reste pas moins un camp, avec tout ce que cela implique : la malnutrition, les maladies, les brimades des SS...
Josef Bor, juif tchécoslovaque, y est interné en 1942. Avec ce court roman, il témoigne, par le canal de la fiction, d'un épisode réel mettant en scène le pianiste et chef d'orchestre Raphaël Schächter, qui, avec le concours de plus d'…

"Mes amis" - Emmanuel Bove

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Vaut-il mieux être seul que mal accompagné ?

Le titre du roman d'Emmanuel Bove est trompeur, car ce n'est pas tant des amis de son héros qu'il est ici question, que de ses tentatives désespérées -et il faut bien le dire, souvent pitoyables- pour s'en faire...
Cette lecture m'a rappelé celle de "La faim" de Knut Hamsun... bien que Victor Baton, le personnage de "Mes amis", ne soit pas en manque de nourriture comme le malheureux héros de l'auteur norvégien, mais de relations humaines, le parcours des deux hommes est plombé du même écrasant sentiment de misère médiocre. De même, il y a dans les deux œuvres une sorte de répétition cyclique, et systématiquement vouée à l'échec, des situations dans lesquelles leur quête place les deux narrateurs.
Victor Baton nous cueille au réveil -le sien, s'entend-, déjà prolixe en détails d'un prosaïsme crasse quant à son apparence physique -ses dents grasses, ses paupières au coin desquelles ont sé…