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"L'été des charognes" - Simon Johannin

La nausée...
"L'été des charognes" m'a fait successivement passer par une palette d'émotions plutôt intenses, signe, me direz-vous, qu'il s'agit sans doute là d'un bon roman... Tout dépend, vous rétorquerai-je, de la nature des dites émotions...
La première impression a été un mélange de dégoût et de saturation. Simon Johannin nous emmène à "La fourrière" -ça promet !-, un coin reculé de la campagne française, mais l'on comprend d'emblée que le bucolisme ne sera pas au rendez-vous.
Le roman s'ouvre sur une scène de lapidation, pratiquée par deux enfants sur un chien. S'enchaînent ensuite divers épisodes relatés par un jeune narrateur à la langue âpre et familière, épisodes dont l'étouffante succession et le caractère répugnant semblent vouloir démontrer à quel point ces bouseux de la cambrousse sont des sauvages décérébrés dépourvus de toute notion d'hygiène, des quasi monstres mal dégrossis, exprimant une bestialité …

"Les jours clairs" - Zsuzsa Bánk

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Une histoire d'enfance et de lumière...
C'est un roman porté par la grâce. Un roman dont la lenteur et la minutie vous imprègnent d'une doux ravissement, et de l'envie que cela ne s'arrête jamais. Un roman qui vous enveloppe et vous envoûte, phrase après phrase, sans que vous sachiez où il vous emmène, mais ce n'est pas la destination qui importe, ici, ce sont les chemins empruntés.
Les jours clairs, ce sont ceux de l'enfance, plus précisément l'enfance d'Aja, de Karl et de Seri, la narratrice, dont la voix nous replonge dans les souvenirs de leurs jeunes années passées à Kirchblüt, petite ville d'Allemagne du sud, où ils avaient noué une amitié solaire.
Au centre du trio, Aja, petite fille dont la singularité attire et séduit, et Evi, sa mère, une maman pas comme les autres, aussi grande qu'Aja est petite, qui parle avec un accent et ne prend même pas la peine de camoufler les bleus que sa maladresse parsème sur ses jambes, qui marche comme…

"Watership Down" - Richard Adams

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Crotte alors !

Mes parents ont eu la charmante et généreuse idée de m'offrir, à l'occasion du Noël de mes onze ans, un lapin... ce fut une véritable et extraordinaire surprise, dont l'idée leur est venue après des mois de harcèlement ayant pour but d'introduire dans notre F4 dépourvu de balcon, un, voire plusieurs des chats sans foyer qui rôdaient en bas de notre cité HLM...


Cacahuète -puisque c'est ainsi que je baptisai mon nouvel ami le rongeur- devait donc pallier mes velléités félines. Hors de question par conséquent de le laisser végéter dans une cage de deux mètres carrés... aussi, mon compagnon lapin vécut-il neuf années (un record, d'après le vétérinaire, pour un spécimen de la race naine) de liberté totale, grignotant livres et cardigans, fils électriques (il a dû nous couper trois fois le téléphone) avant de s'éteindre, de vieillesse, dans son sommeil, occasionnant chez sa maîtresse une sévère déprime.
Tout cela pour vous expliquer que j'aime …

"L'élève Gerber" - Friedrich Torberg

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Les souffrances du jeune Gerber.
Le jour qui entame la dernière année que Kurt Gerber doit passer au lycée est doublement funeste. Il y constate tout d'abord l'absence de la belle et sulfureuse Lisa, avec qui il a entretenu un vague flirt, la jeune fille ne quittant plus, depuis, ses pensées, et il apprend par ailleurs qu'il aura pour professeur principal Artur Kupfer, surnommé à juste titre par les élèves "Kaiser Kupfer". L'école est en effet le lieu où ce professeur de mathématiques, dont la vie privée est le règne de la médiocrité et de l'insignifiance, peut exercer en toute impunité son omnipotence et assouvir son besoin maladif et vicieux de domination.
Le jeune Gerber, unanimement reconnu comme intelligent par l'ensemble de ses professeurs, est un garçon au fort caractère, plus âgé, plus mur, et plus réfléchi, que la plupart de ses camarades. Son attitude parfois indocile, sa capacité à contrer les arguments de ses aînés peuvent le faire passer p…

"Le nom du fils" - Ernest J. Gaines

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"J’admets que c’est pas un péché de tomber. Mais c’en est un de rester par terre."
Phillip Martin est depuis quinze ans le pasteur de la petite ville de Saint-Adrienne. Il mène avec sa femme Alma et ses trois enfants, une existence que l'on pourrait qualifier de respectable. Son implication dans le mouvements des droits civiques -le récit se déroule au début des années 70- lui vaut par ailleurs l'admiration et la gratitude des membres de la communauté noire, dont il est l'un des représentants.
L'apparition à Sainte-Adrienne du fils qu'il a eu trente ans auparavant avec Johanna, son amour de jeunesse, provoque un inéluctable bouleversement dans la vie du pasteur, et va se révéler lourde de conséquences. Le jeune homme, qui se fait appeler Robert X, intrigue. Peu loquace et d'allure misérable, il passe de longues heures à parcourir la ville, parfois sous une pluie battante. Il parvient toutefois à nouer des contacts lui permettant d'approcher son pè…

"La pièce obscure" - Isaac Rosa

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De la séduction de l'aveuglement...
Parce qu'ils ont fortuitement expérimenté, à l'occasion de l'obscurité provoquée par une coupure d'électricité dans la salle louée pour leurs réunions amicales, une ébauche d'ébats collectifs, ils ont décidé de créer un lieu où ils pourraient, quand bon leur semblerait, se replonger dans des conditions propices à cette communion des corps.
Ainsi est née la pièce obscure, où le moindre rai de lumière a été occulté, où le silence s'est naturellement imposé, et où durant quinze ans, ces amis se sont retrouvés, au fil de réunions au départ hebdomadaires puis d'allées et venues aléatoires, parfois tous ensemble, parfois à deux, à trois, à quatre, ignorants la plupart du temps de l'identité des autres membres présents, protégés par un anonymat permettant à la fois intimité et désinhibition.
La pièce obscure est peu à peu devenue bien plus que la simple possibilité d'expériences sexuelles. Espace de méditation, refuge…

"Les secrets de Bent Road" - Lori Roy

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Les grandes espérances...
Bon, je ne m'étalerai pas... d'une part, je n'ai pas pris de notes au cours de ma lecture, et d'autre part, deux semaines après l'avoir terminée, je dois avouer que son souvenir s'estompe déjà...  L'histoire démarre pourtant sous de bons auspices. Enfin, pour les personnages, ils sont plutôt mauvais, mais laissent présager un récit dense et sous tension.
Les Scott arrivent de Détroit, où ils ont vécu ces vingt dernières années, dans un trou perdu du Kansas dont le mari (Arthur, si je me souviens bien) est originaire. Ce dernier est accompagné de sa jolie épouse et de leurs trois enfants. L'intérêt que portaient à l'aînée, Elaine, certains "nègres" de Détroit, a entre autres motivé ce retour aux sources. L'intrigue se déroule dans les années soixante, et les émeutes conséquentes aux mouvements pour les droits civiques mettent certaines grandes villes à feu et à sang. 
La fratrie est complété d'un adolescent …