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"Dark Horse" - Craig Johnson

Home, sweet home...
C'est toujours un plaisir de retrouver la bande de Craig Johnson...  ... Son shérif Walt, que l'on imagine, à l'instar de l'auteur, grand et massif, faussement débonnaire, traînant son allure de cow-boy un peu usé, poursuivi par ses fantômes et ses angoisses paternelles, mais dont la perspicacité n'a pas pris une ride... ... L'adjointe Vic, ses yeux couleur vieil or, ses bottes et ses jurons dignes d'un charretier... ... Henry Bear, dit La Nation Cheyenne pour les intimes, l'ami impénétrable à l'intuition surnaturelle, toujours là où on ne l'attend pas, parce qu'il sait, bien avant tous les autres, que c'est le bon endroit...
On s'installe comme dans un chez soi que l'on a un peu délaissé, mais où stagne encore l'odeur des tourtes de Dorothy du Busy Bee, et où flottent encore quelques échos épars, devenus imprécis, des précédentes aventures.
C’est l'arrivée dans sa prison de Mary Barsad qui pousse Walt,…

"Le voleur qui comptait les cuillères" - Lawrence Block

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Drôle d'aventure.
Sympa. C'est le terme, sans doute un peu réducteur, qui me vient spontanément à l'esprit à l'évocation du roman de Lawrence Block que j'ai lu récemment.
Bernie Rhodenbarr, son personnage principal et narrateur, contribue pour beaucoup à ce ressenti. A la fois subtil et décontracté, aventurier et érudit, il est le maître comblé d'un chat sans queue mais pourvu d'une redoutable intuition, ainsi que l'heureux propriétaire, dans l'Upper East Side, d'une librairie d'occasion qui recèle des trésors mais où les clients, surtout des habitués, se font rares. Pour subvenir à ses besoins -mais aussi et surtout par passion- il exerce en parallèle la clandestine activité de cambrioleur, dans le genre gentleman, préférant à la violence la ruse, l'inventivité et le savoir-faire.
Sa meilleure amie Carolyn, qui tient le salon de toilettage canin situé à quelques pas de sa boutique, inspire elle aussi une irrémédiable sympathie, notamment…

"Tout ce dont je ne me souviens pas" - Jonas Hassen Khemiri

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Mosaïque.
Qui était Samuel ? Qu'est-il important de savoir, à son sujet, pour le connaître ? Qu'il était, dans une société suédoise pas aussi tolérante qu'on pourrait le croire, le fruit de l'union entre une nordique et un nord africain ? Qu'il fût un adolescent solitaire, désireux de changer le monde ? Qu'il devint un banal employé de l'Office de l'immigration forcé de ravaler les idéaux humanitaires qui l'avaient poussé à faire des études en sciences politiques ? Que sa mémoire défaillante, contre laquelle il menait un combat permanent, lui causait une grande tristesse ? Qu'il incitait ses proches, dans une tentative à la fois drôle et poignante pour exorciser l'angoisse du temps qui passe, à vivre des moments improbables, afin d'enrichir leur "Banque d'expériences" ? Qu'en dépit de ce qui précède, il était drôle, spontané, facile à vivre ?
A la suite de la disparition de Samuel dans un accident de voiture suspect, un …

"Les sables de l'Amargosa" - Claire Vaye Watkins

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A sec.

Avec cet étonnant premier roman, Claire Vaye Watkins impose une voix particulière, qui ne peut laisser indifférent...
Assommée par une interminable et implacable sécheresse, la Californie se transforme en désert... l'eau est devenue une denrée rare, la nourriture est rationnée.

Ray, déserteur "d'une guerre de toujours", et Luz, un ancien mannequin, occupent la villa d'une starlette sur les hauteurs de Los Angeles. Luz fut aussi, sous le surnom de Baby Dunn, l'icone médiatique de la génération sécheresse, les étapes de sa croissance servant de jalons au dérèglement climatique, à coups de slogans-catastrophe : "Toutes les piscines devront être vidées avant les dix-huit de baby Dunn" ou encore "L'eau aura-t-elle complètement disparu lorsque Baby Dunn atteindra l'âge adulte... ?"

A l'occasion d'une virée en ville, Ray et Luz enlèvent à une bande de loqueteux la gamine qu'ils traînent avec eux, à laquelle le couple s&#…

"Je viens d'ailleurs" - Chahdortt Djavann

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"(...) pour survivre il fallait renoncer à vivre."
Par une succession d'épisodes extraits de ses souvenirs d'adolescente, puis d'étudiante et enfin de sa vie adulte, la narratrice, iranienne, évoque les mutations brutales subies par la société iranienne avec l'arrivée au pouvoir des islamistes.
Elle a douze ans au moment de la révolution iranienne, en 1980 : le shah, représentant d'une monarchie inique qui fait l'objet de la contestation populaire depuis plusieurs années, est renversé. Parmi la multitude de factions révolutionnaires -anarchistes, laïques, marxistes...- et de groupes religieux alors existants, c'est la figure de l'ex agitateur revenu d'exil, Rouhollah Khomeyni, qui émerge, et qui est portée au pouvoir, sous les couleurs d'un islamisme radical.
Finie la mixité : dès l'école, les garçons sont dorénavant séparés des filles, reléguée au rang de créatures impures, auxquelles on enseigne le dégoût de leur corps et de ses o…

"Notre vie dans les forêts" - Marie Darrieussecq

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"Je veux témoigner. Que c'est possible. Le nomadisme plutôt que l'enfouissement. Même si j'ai froid".
Elle se cache, avec d'autres individus, au cœur d'une forêt. Ils sont accompagnés de leurs "moitiés", comprenez leurs clones, créatures qui jusqu'alors n'avaient vécu qu'allongées, maintenus dans un état de semi-conscience, alimentées par voie artificielle. Des êtres conçus en guise de réservoirs à organes, d'assurance-vie pour ceux dont ils sont la réplique, et dont la santé semble très fragile. Elle-même a le corps qui part en morceaux : après un poumon, puis un rein, elle a perdu un œil...
Elle, c'est Marie. Habitée d'une urgence fébrile, elle nous livre les fragments a priori décousus de ses souvenirs, entrecoupés d'explications obscures sur sa situation présente. Le contexte et le but de son témoignage se révèlent peu à peu, comme les contours du monde qu'ont fui ces réfugiés de la forêt.
Elle nous explique q…

"Mars" - Fritz Zorn

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"... j'avais grandi dans une maison où la vie n'était pas bien vue, car chez nous, on aimait à être correct plutôt que vivant".
L'auteur, qui écrit sous un pseudonyme (vous comprendrez bientôt pourquoi) ce terrible essai autobiographique, y évoque son cancer. Un cancer médicalement avéré (et dont il mourra à l'âge de trente-deux ans peu de temps après avoir fini cet ouvrage), mais dont il explique la genèse d'une manière inattendue, et surtout extrêmement pathétique.
Élevé par des parents riches et bourgeois, sur la "bonne rive" (la droite, celle que l'on surnomme aussi la "dorée") du lac de Zurich, il a subi dès son enfance les dommages d'une éducation trop policée, trop psychorigide. Il a baigné dans l'illusion d'une harmonie qui était en réalité le résultat d'une absence de toute énergie vitale : pour conserver à tout prix cette harmonie, ses parents déployaient plusieurs techniques, notamment d'évitement des…