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"La nuit du bûcher" - Sándor Márai

"Qu'il puisse exister un homme qui ne croit pas en la Providence a quelque chose de troublant".
"La nuit du bûcher" est la transcription d'une longue lettre que le narrateur, inquisiteur castillan de l'ordre des Carmélites, écrit à l'un de ses "frères" depuis son exil genevois. Il n'indiquera les raisons de cet exil qu'à la fin de sa missive. Auparavant, il revient sur le séjour qu'il fit à Rome à la charnière des seizième et dix-septième siècle. Pendant seize mois, il y fut accueilli par ses pairs de l'oratoire de San Giovanni Decolatto, où il s'instruisit des méthodes romaines en matière de lutte contre l'hérésie, en quête notamment de méthodes permettant de s'assurer de la sincérité de la conversion des apostats. L'étape ultime de son apprentissage lui permit d'assister, à la veille d'une giustizia, aux efforts déployés par les confortatori pour amener le condamné à un repentir total et authentiqu…

"Le Dernier Rêve de la raison" - Dmitri Lipskerov

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Rêve ou cauchemar ?

Le roman du russe Dmitri Lipskerov dépeint-il un rêve ou un cauchemar ? Telle est la question qui vient légitimement à l'esprit en découvrant les extraordinaires péripéties qu'il dépeint, et dont certaines seraient dignes de figurer dans un film d'horreur... La dimension surnaturelle des événements, et celle, caricaturale, des personnages, amoindrissent cependant l'effroi ou le dégoût que provoquent certains passages, et font surtout du "Dernier Réve de la raison" un récit atypique et marquant.
Ilya Ilyassov est un vieux Tatare qui vend depuis plus de quarante ans du poisson dans un supermarché où la reconnaissance de sa compétence par sa direction est proportionnelle à l'indifférence méprisante que suscite chez ses collègues cet homme édenté au faciès vaguement grotesque, mutique et sans doute un peu simplet. Ilya est de toutes façons un solitaire, qui fuit la compagnie des hommes depuis le traumatisme qu'il a subi à son adolescen…

"Né un mardi" - Elnathan John

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"On n'est pas méchants. Quand on se bat, c'est parce qu'on n'a pas le choix. Quand on cambriole des petits magasins à Sabon Gari, c'est parce qu'on a faim, et quand quelqu'un meurt, eh bien, c'est la volonté d'Allah".
Elnathan John nous fait suivre le parcours de Dantala -"né un mardi" en haoussa-, jeune garçon dont on ignore l'âge exact, mais que l'on devine au début de l'adolescence. A la fin de son cursus à l'école coranique où l'avait envoyé son père, mort depuis, il n'a pas regagné son lointain village, préférant intégrer une bande de gamins des rues, dont les membres fument de la wee wee, commettent de petits larcins et participent à diverses opérations pour le compte du Petit Parti qui prépare les prochaines élections. Ces dernières étant remportées par le Grand Parti, des émeutes s'ensuivent, décimant les rangs du groupe. Dantala s'enfuit à Sokoto, la grande ville voisine, qu'il quitte …

"Les mauvaises" - Séverine Chevalier

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Un soupçon de pureté dans un monde de brutes...
C'est un village isolé du Massif Central, surplombé par un viaduc inutile dont la construction a pourtant fait, en son temps, la fierté de ses ouvriers. Un village peuplé, de génération en génération, des mêmes familles, qui se transmettent leurs tares et leurs secrets... un village depuis lequel on considère avec méfiance les habitants de la plaine aux yeux desquels on passe, on le sait bien, pour des bouseux.
Dans ce microcosme où la différence est toisée avec la méfiance que suscite la peur, trois êtres vivent pourtant comme des électrons libres, étrangers à toute compromission, à toute hypocrisie, à toute intolérance.
Micheline dite Roberto, Ouafa l'ex parisienne éblouie par sa découverte de la nature auvergnate et Oé, garçon fragile et phobique, n'ont pas encore atteint l'âge adulte, mais ils ont déjà dû se colleter aux accrocs de l'existence. A trois, on est plus fort, et c'est sur les fondations de leur ami…

"L'homme surnuméraire" - Patrice Jean

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"Il y aurait une autre fin à cette histoire".
L'homme surnuméraire, c'est Serge Le Chenadec. A l'occasion d'un séjour en famille à La Baule, il réalise une bien triste vérité : il insupporte sa femme Claire, et ses deux enfants adolescents lui opposent au mieux une indifférence agacée, au pire un cinglant mépris.
Ce désintérêt, ce désamour de ses proches, ont pour effet de le plonger dans une remise en question de l'utilité même de son existence. Serge Le Chenadec se sent de trop, ne voit plus de sens à sa vie... Il a pourtant peu de besoins : patron associé d'une agence immobilière, il se contente de la routine dépassionnée dans laquelle son couple s'est installé, vivre auprès de son épouse et de leurs enfants suffisant à son bonheur...
Homme de l'immobilité, de la simplicité, c'est comme s'il était resté en arrière, ou en retrait, d'un monde où il est de bon ton de briller, de courir après la jouissance et l'épanouissement per…

"Prière pour ceux qui ne sont rien" - Jerry Wilson

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A la rencontre des êtres de l'ombre...
C'est son expérience de garde municipal pour les Parcs et Forêts de Boise, petite ville d'Idaho, et surtout les rencontres qu'elle lui a permis de faire, qui ont incité Jerry Wilson à écrire ce roman. C'est d'ailleurs, plus qu'un roman, une suite d'épisodes, mettant en scène certains personnages récurrents, et d'autres que l'on ne croisera que fugacement.
Ces personnages sont des individus que l'auteur a réellement connus, comme il l'indique dans sa préface, ajoutant que beaucoup sont déjà morts... car ceux qu'il s'attache à dépeindre sont ces invisibles que l'on évite généralement du regard, ces miséreux, ces sans-abri dont on a tendance à surtout remarquer l'ineffable saleté...
Témoin temporaire (il a travaillé aux Parcs et Forêts pendant dix ans) de leur déchéance, mais aussi de leurs habitudes, et de l'organisation régissant leur communauté, lui a fait plus que de les voir : …

"La position du tireur couché" - Jean-Patrick Manchette

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Une friandise au goût fugitif...
Voilà un roman qui se lit en deux temps trois mouvements, à peine avez-vous eu le temps de remettre en place tous les fils de l'intrigue que la dernière page est tournée, et qu'elle se tourne qui plus est sur une fin surprenante de banalité, rompant avec les multiples rebondissements d'une intrigue échevelée...
Martin Terrier, dit Christian, est tueur à gages. Il a à ce titre été chargé de diverses "missions" à travers le globe, pour le compte d'une organisation représentée par un mystérieux M. Cox.
De retour de son dernier engagement, à Londres, il décide de raccrocher. Ce n'est guère du goût de ses employeurs, qui tentent de le faire changer d'avis avec une absence d'insistance suspecte. Ce n'est pas non plus du goût de sa petite amie du moment, à laquelle il annonce son départ de Paris en même temps que la fin de leur liaison, et qui se venge en saccageant son appartement et en kidnappant son chat.
En route v…