LA QUINZAINE SCANDINAVE...

LA QUINZAINE SCANDINAVE...
LA QUINZAINE SCANDINAVE...

30/07/2016

PAUSE... rendez-vous en septembre !

Je prends, à contresens,
la route des vacances :


... je dis non au sud
et crie sus au nord !









   

La belle Bruges et son port 
en guise de prélude,






... je file vers celui que l'on dit 
être le plus heureux des pays...

29/07/2016

"Solaire" - Ian McEwan

Humour anglais ?

On oublie souvent à quel point Ian McEwan peut être drôle (je ne sais pas si vous avez déjà eu la curiosité d'aller voir à quoi il ressemble, mais il faut dire que sa physionomie n'inspire pas spécialement la rigolade...). C'est bien, par conséquent, qu'il nous le rappelle de temps en temps.
Et "Solaire" a beau aborder des thématiques tout à fait sérieuses, voire dramatiques, de portée individuelle, ou plus universelle, il s'agit d'un roman que j'ai surtout pour ma part trouvé fort réjouissant, entre autres grâce à son risible personnage principal, qui parvient à être à la fois charismatique et pathétique, d'une suffisance insupportable, moqueur, impatient, et suscitant pourtant une certaine sympathie.

Et ce n'est pas n’importe qui : Michael Beard est un ancien prix Nobel de physique, qui a révolutionné le monde de la science avec une théorie à laquelle je n'ai pas compris grand-chose (mais ce n'est pas très important). Malgré un physique plutôt ingrat -il est petit, chauve et rondouillard-, son succès auprès des femmes lui vaut quelques déboires. Marié à cinq reprises, collectionnant les maîtresses, il réalise un peu tard être fou de désir pour Patrice, sa dernière épouse en date... Pour se venger de son mari volage, elle a elle-même pris un amant -un rustre et solide maçon- qu'elle fréquente avec une ostentation fort irritante pour Michael.

D'un point de vue professionnel, bien que relativement actif, il stagne sur la vague de sa renommée en multipliant de redondantes conférences et interviews, et en participant à de vagues projets sans réelle ampleur. Il réalise que depuis son prix, obtenu deux décennies auparavant, il n'a plus d'étincelle, ni d'idée nouvelle. La préoccupation scientifique du moment -le réchauffement climatique- provoque en lui peu d'intérêt : bien qu'il déplore vaguement la situation, il a d'autres préoccupations (comme trouver, par exemple, l'occasion de casser la gueule à cet abruti de maçon)... une attitude qu'en bon opportuniste il va modifier, lorsqu'il décide de se reprendre en main pour redonner une impulsion positive à son existence.

Ian McEwan pose avec "Solaire" un regard amusé et lucide sur ce qui fait courir ses contemporains. Il met en scène leurs travers sans complaisance ni jugement, en les plaçant dans des situations dont la dimension cocasse, voire grotesque, met en exergue la vacuité et la vanité de leurs emportements, de leurs passions. Pour ce faire, il met en parallèle les possibilités infinies et complexes d'un environnement dont la science tente de percer et de s'approprier les secrets, et la futilité, la brièveté des entreprises humaines, pour lesquelles les individus déploient stérilement des sommes d'énergie.

Ainsi, considérations scientifiques et transcriptions de théories abstraites côtoient dans son roman l'anecdotique, sous la forme d'un humour cinglant et jamais gratuit, le tout étant passé au crible d'une analyse clairvoyante des motivations plus ou moins avouables qui président à nos actes, et à la façon dont ces derniers sont par ailleurs soumis aux influences sociologiques, culturelles et médiatiques.

Tout cela fait de "Solaire" un roman à la fois drôle et intelligent.

>> D'autres titres pour découvrir Ian McEwan :

28/07/2016

"Charøgnards" - Stéphane Vanderhaeghe

"Il n'y a en tout cas rien de beau dans ces pages-là, la peur, la hantise, la couardise aussi, et le pire est probablement dans ce que j'omets, dans ce que je me refuse à relater".

"Charøgnards" est un récit nébuleux, de ceux qui vous engluent dans une réalité incertaine et obscure.

Ce journal dément et intime d'une descente dans un enfer intérieur mais attisé par par des circonstances a priori indépendantes de la volonté de son narrateur, nous est introduit par une préface rédigée en un étrange langage dérivé du nôtre, par les êtres du futur qui nous auront succédé, et qui considèrent le récit qu'ils présentent comme une curiosité anthropologique, le témoignage d'un monde disparu et imparfait.

L'auteur du journal est scénariste pour la télévision. Ou du moins l'était, jusqu'à l'invasion de son village par des hordes de charognards -corbeaux, feux, corneilles...-, qui finissent par coloniser la moindre parcelle d'espace. L'invasion survient insidieusement comme si, du jour au lendemain, sans que l'on ait réalisé la force de leur prolifération, ils étaient là, sous la forme de ces impensables nuées... et il est alors trop tard.

Ce phénomène inexplicable s'impose comme une évidence, aucun but ne semble présider à cette vampirique occupation, établie sans violence visible... le narrateur évoque pourtant, de manière sporadique, les réminiscences de scènes sanglantes, mais par bribes opaques, son esprit occultant peu à peu tout souvenir d'un avant de rassurante normalité. Son journal est la transcription de ce délitement de de sa lucidité, qu'il égrène au fil d'une chronologie qui elle aussi perd ses repères, pour se métamorphoser en une sorte d'infini présent à la lourdeur presque palpable.

Les charognards ont comme figé la marche du monde, dont ils ont par ailleurs éteint les lumières et fait disparaître les couleurs. Terré dans sa maison au cœur du village déserté, seul depuis le départ d'une épouse et d'un enfant dont il finit par oublier l'existence même, le narrateur se débat avec les mots dans une impuissante tentative pour conserver un semblant de cohérence mentale, d'humanité. Il écrit comme s'il pouvait diluer l'existence des volatiles dans le langage, mais la maîtrise de sa conscience lui échappe, la fantasmagorie et la réalité s'entremêlent, ce qui fut se confondant avec ce qu'il réinvente...

En osmose avec l’obscurcissement croissant de sa perception d'un environnement plus annihilant que véritablement agressif, sa narration, empreinte d'une poésie ténébreuse et désespérée, se fait de plus en plus saccadée. 
Son journal n'est ni appel, ni un témoignage, c'est l'expression primitive d'un vague instinct de survie qui lui aussi, peu à peu se désagrège.

Après avoir lu "Charøgnards", texte âpre, énigmatique, pas toujours facile d'accès, hommage  à l’œuvre Hitchcock, revisitée "de l'intérieur", nul doute que vous ne verrez plus de la même manière les corbeaux, corneilles, et autres freux... dont vous croiserez le chemin.

25/07/2016

"Le chemin des âmes" - Joseph Boyden

"Chacun se bat sur deux fronts à la fois, l'un contre l'ennemi, l'autre contre ce que nous faisons à l'ennemi".

Joseph Boyden nous emmène, avec "Le chemin des âmes", au cœur des tranchées du Nord de la France, louvoyer entre les obus et les tirs allemands. C'est à la suite d'un bataillon canadien que nous entamons ce funeste et périlleux voyage, plus précisément en compagnie de Xavier et Elijah, duo inséparable d'indiens Cree. 

C'est pourtant seul que Xavier rentre d'Europe, squelettique, dépressif, amputé d'une jambe et morphinomane. Avec une immense surprise, il retrouve sa tante Niska, qu'il croyait décédée, à son arrivée à la gare de sa région natale... et la surprise est partagée puisque Niska attendait Elijah, dont un courrier lui avait annoncé le retour, en même temps que la mort de son neveu.

C'est dans son canoë qu'elle embarque ce dernier pour une remontée au fil de la rivière qui les ramènera chez eux. Consciente que Xavier est très malade, et que ses blessures les plus graves ne sont pas physiologiques, elle entreprend de le soigner par la "médecine du conte", l'abreuvant du récit de souvenirs antérieurs à la naissance du jeune homme, ou se remémorant des épisodes de leur existence commune. 

Niska est l'une des rares indiennes qui, refusant toute compromission avec le monde des hommes blancs, a continué de mener une vie solitaire dans la forêt, perpétuant les coutumes ancestrales de son clan. Fille d'un sorcier tueur de Windigos (indiens acculés par la faim, ayant succombé à la tentation du cannibalisme, et donc définitivement perdus pour la communauté), dont elle a hérité du don pour prévoir l'avenir, elle a enseigné à Xavier, qu'elle a extirpé des griffes des bonnes sœurs qui tentaient de lui inculquer l'anglais à coups de trique, l'art de la chasse. Ce dernier l'a ensuite transmis à Elijah. Les deux garçons, liés par une amitié fusionnelle, sont devenus maîtres dans l'art du camouflage et de la traque, et d'imbattables tireurs. Talents qui vont leur permettre, au sein du bataillon où ils se sont volontairement engagés, de se distinguer.

La relation des souvenirs de Niska est entrecoupée par les immersions de Xavier dans le cauchemar de la guerre. Le temps de leur remontée vers leur foyer, plongé dans la brume de délires entretenus par la morphine, il revit les étapes de son baptême du feu... les longs mois passés dans la boue et le chaos, imprégné de l'odeur de charogne, gagné par une surdité grandissante, la culpabilité qui vous ronge, et cet espèce d’hébétement moral provoqué par le piétinement de toute valeur humaine... la nostalgie du pays, de plus en plus pressante, la mort devenue banalité... et au milieu de cet enfer, l'exaltation d'Elijah,  galvanisé par la liberté que lui offre la guerre, celle de tuer, et d'accéder à une reconnaissance qu'il n'aurait jamais pu espérer en d'autres temps, d'autres lieux. Elijah le fanfaron, qui acquiert par sa faconde, son assurance et surtout la précision de ses tirs une réputation qui dépasse bientôt le simple périmètre de leur bataillon. Xavier lui, reste en retrait. Peu bavard, taciturne même, il voit son ami sombrer peu à peu dans une sombre démence.

J'ai eu un peu de mal dans un premier temps à m'immerger dans ce roman, dont les passages "guerriers" me semblaient longs et répétitifs. L'aspect surnaturel du récit, en amoindrissant sa crédibilité, m'a également parfois gênée. Mais je garderai dans l'ensemble un bon souvenir de cette lecture, car je me suis finalement laissée charmer par la voix de Xavier, personnage attachant et atypique, qui s'exprime avec une sincérité touchante, créant une proximité qui contribue à la puissance d'évocation de ce douloureux "Chemin des âmes".

J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec Charmant-petit-monstre (ce qui m'a permis de sortir de ma PAL ce titre qui y dormait depuis des siècles) : son avis est ICI.

22/07/2016

"Finir la guerre" - Michel Serfati

Héritages.

Il aura fallu le suicide, a priori inexplicable, de son père, pour qu'Alex ressente le besoin de pénétrer le mystère de cet homme qu'il jugeait insignifiant, voire insipide. En triant les affaires du défunt, il découvre une lettre, envoyée d'Alger, par une jeune femme dont il ignore tout. Son père avait en effet combattu en Algérie, mais il s'agissait d'un épisode de sa vie sur lequel il gardait un silence obstiné.

Lorsqu'il ose franchir le pas, et se rend en Algérie pour y retrouver l'expéditrice de la lettre qui, à son grand étonnement, dépeint son père comme un héros, il pénètre dans un monde étranger et pourtant étrangement familier. Avec Kahina pour guide -un guide éclairé et passionné-, il découvre à la fois l'image surprenante d'un père qu'il lui semble n'avoir pas connu, et toute la complexité d'une ville qui cumule les contradictions. A la fois sale et hospitalière, tantôt rieuse et tantôt menaçante, Alger est marquée des stigmates qu'a incrusté une histoire infatigablement tragique dans l'esprit du peuple algérien, successivement écrasé par une guerre d'indépendance particulièrement violente, l'instabilité politique puis la terreur instaurée par les extrémistes religieux. 

La jeune femme, lucide, exprime à la fois espoir et amertume face au marasme duquel l'Algérie peine à sortir, consciente des limites comme des capacités de ses concitoyens, mais profondément attachée à son pays, et à la mémoire de ses parents, esprits libres assassinés par fanatisme. Alexandre l'envierait presque, lui qui ignore tout de cette fidélité aux racines, à la patrie, lui qui n'a jamais éprouvé pour son père qu'un vague mépris désintéressé. Même avec son fils, âgé de dix-huit, ans, il entretient des rapports devenus distants. 

Il prend aussi conscience, lors de son séjour, de son égoïste indifférence vis-à-vis du monde en général, en mesurant tout ce qui l'éloigne de Kahina et de ses semblables, en réalisant le fossé qui sépare les pays du sud des nations occidentales, dont les citoyens, baigné d'un contexte politique et social serein, oublieux des drames que la guerre, la famine et les révolutions font subir aux populations parfois pas si lointaines, arborent une passivité satisfaite, engoncés dans un confort en partie acquis aux dépens de ces dernières.

Sans lourdeur démonstrative, Michel Serfati brasse avec "Finir la guerre" de multiples thématiques en entremêlant quêtes personnelles et résonances de l'Histoire, souvent intimement liées. Le poids des erreurs et des combats du passé, leur retentissement sur un présent qui en devient parfois difficile à maîtriser, la difficulté de la réconciliation, avec les autres et avec soi-même... sont ainsi, et entre autres, autant de problématiques qu'il aborde avec justesse et sensibilité.

>> C'est l'avis de Jérôme qui m'a donné envie.

19/07/2016

"Les amants d'Avignon" - Elsa Triolet

De la modestie des héros ordinaires...

Longue nouvelle, "Les amants d'Avignon" est d'abord parue illégalement, en 1943, sous le pseudonyme de Laurent Daniel.

Elle met en scène Juliette Noël, jolie femme et simple dactylo, à l'allure digne d'une "couverture de Marie-Claire", qui mène entre sa tante et son fils adoptif une existence banale et paisible, jusqu'à ce que les sinistres circonstances de la guerre -la seconde- s'y immiscent. 

Juliette effectue alors des missions pour le compte de la Résistance, s'assurant de la sûreté de planques envisagées, transportant des vivres ou des messages... Elle le fait sans se poser de questions, comme mue par un instinct impératif de ce qui est juste et nécessaire. Malgré la peur et la fatigue, elle accomplit ses missions avec une persévérance qui semble naturelle. 

Et c'est bien là le propos d'Elsa Triolet, que de rendre hommage à ceux qui, en ces périodes qui mettent à nu la véritable nature des individus, révèlent des possibilités insoupçonnées, ces gens ordinaires, voire insignifiants, qui, refusant les compromissions et le confort d'une prudente inertie, et deviennent alors chefs de maquis, agents de liaison. Ses héros de l'ombre accomplissent leur "devoir" sans ostentation, ni orgueil, mais prennent des trains dans lesquels ils se sustentent d'un sandwich au mauvais saucisson, se déplacent à bicyclette pour apporter une contribution discrète mais indispensable, reposant sur un vaste réseau de solidarité et de confiance...

Le récit est déroulé sur un mode chaotique, progressant par bonds d'une scène à l'autre, l'auteur s'exprimant souvent par ellipses, évoquant les sensations de Juliette sans toujours exprimer les faits qui les provoquent, avec comme résultat des passages parfois obscurs. J'ai eu un peu de mal à appréhender, par exemple, le sens du jeu auquel s'adonnent Juliette et l'un des contacts qu'elle rencontre à deux reprises, qui s'inventent une histoire d'amour dont la forteresse d'Avignon, qu'ils visitent, serait l'écrin... l'auteur souhaite-elle ainsi signifier que seul l'amour, en ces temps troublés, est la seule valeur à laquelle se rattacher pour ne pas sombrer dans la détresse face à la barbarie du monde ?

Un avis en demi-teinte, donc, suite à cette brève découverte...